dimanche 5 mai 2013

Le "voile" : une question qui a plus de 100 ans


Je viens de terminer la lecture d'un livre déniché au fin fond du rayon "égalité hommes-femmes" de ma bibliothèque municipale : ça s'appelle "La condition de la femme dans l'Islam", et c'est une thèse soutenue en 1913 par Mansour Fahmy, universitaire égyptien. Elle a été réédité en 2002, et c'est cette version que j'ai pu avoir entre les mains.

Toujours intéressée par les textes religieux, peu importe leur origine (hébraïques, chrétiens, musulmans, bouddhistes, animistes, etc.), j'ai apprécié cette lecture qui fait beaucoup référence au texte du Coran, et notamment à des passages parlant de la vie et du comportement du prophète Mahomet, ou Mohammed pour ceux qui préfèrent (perso, j'ai un net penchant pour la seconde version).

Outre des explications sur certaines traditions à propos desquelles je ne m'étendrai pas ici, j'ai découvert que le voile était déjà un élément central de discussion à l'époque concernant les femmes. La question est notamment ici de savoir si le Coran prévoit ou non le port du voile pour les femmes.

C'est beaucoup plus complexe qu'il n'y paraît, en réalité.


D'après l'auteur, il faut déjà définir de quel type de voile on parle (ce qui est déjà en soi intéressant) puisque dans le texte d'origine, il semblerait qu'il n'ait jamais été question de se cacher l'intégralité du visage.
En revanche, à partir d'une certaine époque, les législateurs auraient introduits l'idée d'une différenciation entre les femmes libres et les femmes esclaves.
Et oui, c'est là que le bât blesse : il faut toujours replacer un texte dans le contexte dans lequel il a été écrit, et les textes religieux n'échappent pas à cette règle. A l'époque du Prophète, l'esclavage était une institution complète, avec ses lois et les droits également accordés à l'esclave.
Pour diverses raisons, il a été question de différencier les femmes libres des femmes esclaves, notamment des concubines des hommes riches qui n'avaient pas d'obligation à porter de signe distinctif. En revanche, les femmes libres ont eu pour consigne de rabattre leur manteau sur leur front, de manière à être différenciées dans la rue.
Une chose est sûre : la société n'était pas construite de la même manière qu'elle l'est actuellement... L'esclavage n'existe plus sous nos contrées (si on ne compte pas traite des êtres humains et la prostitution, mais en principe...) : on ne peut donc pas voir les choses de la même manière.

Et par rapport à aujourd'hui ?

Bah aujourd'hui... il subsiste un certain nombre de traditions. Mais surtout, surtout, surtout, aujourd'hui, le voile est instrumentalisé de manière honteuse à tous les niveaux.

Dans certains pays, comme par exemple en Iran, il est utilisé comme un outil d'oppression des femmes. Elles sont tenues de le porter, peu importe leur confession, leurs idées politiques, ou la couleur de leur cheveux. La loi les y oblige. Et si demain, vous allez en Iran et que vous êtes une femme, n'oubliez pas de vous équiper, sans quoi, la police vous tombera dessus... et ce sera pas joli joli...

En France, c'est plus insidieux : ce sont les médias qui instrumentalisent le voile, et surtout, la classe politique. A quelle fin ? La stigmatisation.
Alors évidemment, on se dit qu'on stigmatise d'abord les musulmans à travers ce débat stérile et sans objet.
Mais ce qu'on stigmatise en réalité en premier lieu, ce sont les femmes. Oui, les femmes. Ca vous étonne ? Moi pas tellement.
J'y vois vraiment l'expression d'une nouvelle façon de contrôler la manière dont les femmes s'habillent. On est encore et toujours dans le contrôle de l'apparence et de la circulation des femmes : ici, on dit aux femmes "ne vous cachez ni le visage ni les cheveux, on vous l'interdit !".
De la même manière qu'il existe une règle implicite qui veut qu'on ne doit pas porter de jupe trop courte (sinon, si on est violée, c'est qu'on l'aura bien cherché, évidemment...), on a édicté une nouvelle règle : tu ne te cacheras point.

Moi, à ce stade, je pense qu'on devrait interdire plein de trucs dans l'espace public qui sont juste insupportables à avoir sous les yeux. Je crois même que c'est dangereux pour la santé mentale.
On va prendre les cravates moches, tiens. Par exemple, vous voyez, les cravates à pois, non, franchement, c'est l'expression d'une oppression de la classe sociale aisée sur le peuple, franchement, on devrait faire péter ce truc là. Ainsi, on interdirait à certaines personnes de sortir attifées de la sorte...


Hello la France ! L'est pas belle ma cravate ?


Ou encore...


T'as une belle cravate, tu sais ?

Non mais, c'est vrai, ça vous pique pas les yeux, à vous ?





 

Stigmatiser les femmes musulmanes mène ainsi à une double discrimination : le sexisme, mais aussi le racisme.
Rien n'interdit de disserter sur choix de porter un voile ou non, mais lorsque le débat est complexe à trancher, il faut bien admettre que promulguer des lois à ce sujet est un peu simpliste et prématuré.
Ainsi, stigmatiser les femmes musulmanes qui portent un voile ne va rien changer au schmilblcik, et c'est tout aussi violent que de casser les burnes aux femmes d'autres confessions (voire sans confession, ça existe aussi) en leur demandant de s'habiller de façon féminine... Mais pas trop comme des putes hein quand même, parce qu'on est pas au bordel ici.


EDIT :

J'ajoute ici un lien vers un billet rédigé par Christine Delphy qui a les mots pour expliquer encore mieux les phénomènes qui dominent le débat sur le voile en France.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire