dimanche 2 juin 2013

Femen vs Antigones : on perd la boule

Des choses, ces dernières semaines, il s'en est passé beaucoup. Entre le festival de Cannes et ses escorts, les propos de Polanski, ceux de François Ozon, tous aussi sympathiques, la tribune de Nancy Huston et de Michel Raymond dans Le Monde, on est quand même sacrément servi en matière de sexisme. Là, c'est gratiné, avec du sel, et même des petits champignons, y a pas à dire.

Alors quelle n'est pas ma stupeur quand je découvre ceci. Évidemment, je suis intriguée. Comme tout le monde, j'imagine. Bah oui, un groupe de femmes, habillées en blanc, qu'est ce que ça pourrait signifier ? Sont-elles féministes ? Quel but poursuivent-elles ?

Alors, je regarde la vidéo. Et là, je pleure. Bah oui, c'est à pleurer oui.

Déjà, l'objet de cette vidéo est une inimitié entre ces jeunes femmes et les Femen, qui y sont finalement considérées comme représentantes suprêmes des  féministes.
Euh, non, désolée de vous décevoir, mesdames, mais si les Femen se revendiquent féministes, elles ne sont pas à elles seules toutes les féministes ni de France, ni de la planète. C'est tout de même clôturer un peu le débat que de commencer par là.

 Là tout de suite, je ne suis pas hyper motivée pour rentrer dans un grand débat pour savoir ce que sont les Femen au féminisme (il y a beaucoup à dire), mais elles tâchent effectivement sur certains aspects de lutter contre le système patriarcal dans lequel nous vivons, en manifestant entre autre contre l'exploitation du corps des femmes dans la pornographie (au salon de l'érotisme), en manifestant devant le tribunal de Créteil suite à la quasi-absence de condamnation des auteurs de viols en réunion sur Nina... D'autres actions de leur part sont plus litigieuses, mais on peut dire que pendant un certain temps, le message y était en tous cas. Maintenant, est-ce qu'aller se produire dans Notre Dame de Paris était la meilleure chose à faire pour manifester leur joie au moment où le pape a quitté ses fonctions... ce genre d'actions reste discutable.
Il n'en est pas moins que partout dans le monde, les femmes qui se revendiquent de ce mouvement entendent se libérer du joug du patriarcat, comme par exemple en Tunisie, ou plus récemment, en Chine.

Bref, poursuivons. Oui, car, vaillante, je continue la vidéo. Tout de même, les Antigones, du nom d'une héroïne de la mythologie que j'apprécie, en particulier depuis que j'ai lu l’œuvre de Jean Anouilh, ont un message à faire passer, donc, tâchons d'être attentif pour comprendre de quoi il s'agit

Mais là, j'ai déjà les oreilles qui saignent : "Vous affirmez que le combat des femmes est féministe, nous affirmons qu'il est féminin". Je vois d'ici se profiler une idée essentialiste de ce que représente le "féminin". Et j'ai mal.
Toute la vidéo est en fait bâtie sur ce présupposé...

 Déjà, je suis blasée que quand on pense "féminisme", on pense tout de suite aux Femen, alors qu'il y a tellement d'autres choses à lire, à comprendre, à regarder... Mais là, je suis encore plus blasée que des femmes, des jeunes femmes, prétendent nous libérer là encore d'un autre joug (celui des Femen) avec l'idée que l'essence même de la fââââââââââââme va nous permettre d'aller plus loin...

Les théories à propos du genre, à propos desquelles les études françaises ne sont pas légion (mais commencent à fleurir, contrairement à ce qu'affirment certaines personnes plutôt à droite), nous offrent une vision différente de la réalité : si les sexes biologiques ne sont pas remis en cause, c'est plutôt le côté inné d'une nature purement "masculine" ou "féminine" qui l'est chez l'être humain.
Non, il n'est pas complètement idiot de penser que les hommes ne sont pas naturellement "forts", "stables", "autoritaires", "courageux" et les femmes "fragiles", "hystériques", en proie à leurs émotions, dotées d'un "instinct maternel" puisque tout ces éléments peuvent être induits par notre culture.
La plus belle façon de le montrer est une expérience menée par Condry et Condry (1976). Deux groupes d'individus contrôlés en terme d'âge et de sexe ont visionné la vidéo d'un très jeune enfant en pleurs. Au premier groupe, on a affirmé que cet enfant était une fille. Au second groupe, on a expliqué que cet enfant était un garçon. Puis on a invité les personnes des deux groupes à expliquer le pourquoi des pleurs de cet enfant.
Le groupe pensant avoir à faire à une fille a pensé en premier lieu que la jeune enfant avait peur, tandis que l'autre groupe, pensant regarder la vidéo d'un petit garçon, a pensé qu'il était en colère... Nous imputons donc des causes à un comportement en fonction du sexe de la personne observée, sans savoir si cette explication est fondée ou non.

Par ailleurs, pour les essentialistes qui penseraient que la différence de nature entre les hommes et les femmes viendrait d'une différence fondamentale entre les cerveaux des deux sexes, et bien... les chercheurs vont les décevoir. En effet, la neurobiologiste Catherine Vidal a expliqué dans de nombreux ouvrages et conférences que chaque cerveau était singulier, et surtout surtout surtout, se développait en fonction des expériences individuelles par la construction de synapses (de connexions) entre les neurones. Résultat des courses : il n'y a pas de différence significative entre les groupes "femme" et "homme".

Bref, pour en revenir aux Antigones, et finalement, à tous ces faits d'actualité qui sont reliés entre eux par l'idée de deux natures différentes qui découperait le monde, je dirai qu'il y a quand même un haut degré de désinformation. Regarder la télévision, ça ne fait pas que du bien...
En lisant un peu, on peut par exemple apprendre qu'il existe des êtres hermaphrodites, les escargots, et des plantes de plus de 100 sexes différents, les trèfles, rien que dans nos jardins... Alors trancher le monde en deux entre ce qui est féminin et masculin au nom du sacro-saint naturel, excusez moi du peu, mais ça le fait pas du tout.

Aux Antigones, j'ai simplement envie de répondre qu'avant de se lancer dans ce genre d'argumentaire de haute volée, il faudrait peut être se renseigner un peu sur ce que représente le féminisme et sur ce que ce terme recouvre.

J'achèverai ce billet sur cette très jolie conférence de Catherine Vidal, docteur en neurobiologie, qui explique mieux que moi en quoi beaucoup d'habitudes ont un grand rapport avec la culture dans laquelle nous vivons... et pas forcément avec une nature fondée sur le sexe.







4 commentaires:

  1. La messe est dite.

    Rien à rajouter.

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  2. Je me pose tout de même une question : Pourquoi les femmes ont moins d'accidents de la route que les hommes ?

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    1. Il y a certainement des études plus poussées sur la question (je n'ai pas de référence dans l'immédiat, désolée !) mais beaucoup de sociologues parlent des rôles sociaux qui sont attribués aux hommes et aux femmes.

      Ces rôles sociaux nous poussent à considérer qu'un garçon (même tout petit !) est plus aventureux, plus intrépide, plus colérique qu'une fille.

      Quand on sait l'effet de la répétition sur nos comportements (par exemple, l'effet de la publicité dans nos comportements d'achat...), on ne peut pas ignorer l'hypothèse impliquant la répétition de ce type de clichés pousse ces messieurs à prendre plus de risques pour s'inscrire dans la performance (comme on le leur a toujours appris...) et que les femmes, à qui on a toujours appris que c'était bien un comportement de tempérance qu'il fallait adopter), ne prennent pas ce type de risques...

      Il faut toujours repenser à l'expérience du chien de Pavlov, ne serait ce que pour un élément : un comportement ne se produit systématiquement que si il est renforcé...

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    2. Et au-delà de ces comportements sociaux reproduits sur la route (qui existe bel et bien, et qui ont un impact important), il faut aussi remettre ces chiffres en relation avec les distances parcourues et la fréquence de conduite des hommes et des femmes.

      Si les femmes conduisent majoritairement sur de petits trajets, et les hommes sur des plus longs, cela va amplifier la différence "brute" de chiffres...

      Mais cela dit, on en revient encore à la même chose : la conduite est un domaine "masculin", donc...

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