mardi 11 juin 2013

Robin Thicke, "Blurred Lines" : Beurk

Parfois, des artistes font des choses louables avec des paroles un peu maladroites. Comme par exemple Bérénice Béjo qui fait ressortir la vieille théorie de l'essence féminine du placard en voulant montrer qu'elle n'est pas une potiche, l'année dernière... Ce sont des choses qui arrivent : on finit toujours tous et toutes par trébucher, pétri(e)s que nous sommes par les injonctions rocambolesques du patriarcat. Je pense d'ailleurs qu'on devrait plutôt se réjouir à l'idée que ces propos ne sont plus aujourd'hui acceptés aussi simplement qu'ils pouvaient l'être auparavant.

Mais parfois, les gens ne trébuchent pas. Ils font juste de la merde. C'est comme ça.
On ne peut pas invoquer simplement une erreur de parcours, c'est juste complètement à côté de la plaque.




 Je ne connaissais pas Robin Thicke. Si on est un peu curieux, on peut apprendre sur wikipédia que ce brave monsieur est chanteur.
Comme il est chanteur, il tourne d'incontournables clips musicaux. On aime, on aime pas, on trouve ça super con (si si, ça arrive), il faut quand même savoir que la plupart des chanteurs du star system actuel le font.
Et d'ailleurs, on va être assez clair, dans le domaine, à part quelques idées un peu sympa, il s'agit souvent de faire danser le chanteur au milieu de femmes à moitié à poil (qu'on accepte quelque fois de mettre en maillot de bain) à qui on demande de mimer une jouissance de film pornographique pendant qu'elles agitent leur postérieur.
Je pense qu'on est d'accord pour dire que c'est un résumé assez réaliste de ce que sont 75% les clips musicaux actuels et que, c'est assez révélateur de l'image des femmes qu'a notre société patriarcale (oui, j'insiste) de consommation (les femmes sont d'excellents objets de consommation, puisque, comme chacun sait, ce ne sont pas des êtres humains, mais des possessions).

Nous en étions donc à Robin Thicke, et à ses inévitables clips musicaux. Et bien, ce monsieur a sorti donc un clip avec sa chanson "Blurred lines" (en français "lignes floues"). Rassurez-vous, ici, ce n'est pas flou, loin de là.

Ca pique les noeils, pas vrai ?

Je suis d'accord avec vous : de la merde, y en a trop. Alors on va tâcher de répertorier les problèmes posés par cette vidéo, un par un, sans pudibonderie aucune. On n'est pas là pour faire dans le "cachez ce sein que je ne saurai voir", on est là pour comprendre pourquoi on ne peut pas laisser quelqu'un réaliser ce genre de merde impunément.

Des hommes habillés vs des femmes nues

 Dans un premier temps, ce qu'on remarque le plus fort, c'est que les hommes sont habillés. Comme dans la vie de tous les jours. Et les femmes, pas du tout :x.
En effet, ce n'est pas le souci de voir le corps des femmes en soi (après tout, les femmes n'ont pas à avoir honte de leur corps). Le problème, c'est que bien souvent, ce corps est érotisé à outrance, et qu'à partir du postulat que le corps des femmes est forcément érotique, on introduit tout et n'importe quoi, et bien souvent qu'il faut cacher le corps des femmes (mais aussi les violer, à vous de voir).

Je ne suis pas là pour faire ma pudibonde, je l'ai déjà dit : mais là, ce qui est fortement gênant, c'est quand même l'énorme différence qui est faite entre ces femmes et ces hommes. Les femmes, presque nues, avec des strings couleur chair qui figurent encore mieux la nudité, face à des hommes qui sont parfaitement habillés... comme dans la vie normale.

Des hommes actifs vs des femmes à montrer

Dans la vidéo, les hommes sont actifs : ils dansent, ils chantent, ils parlent face à la caméra. Les femmes, en revanche, prennent des poses lascives, ne parlent pas, et regardent la caméra uniquement pour se présenter comme un objet sexuel, notamment en se pourléchant les babines...
Si je ne vois aucun mal à ce qu'une femme exprime son désir sexuel, ici, on est dans les clichés éculés de la pornographie  de femmes passives et soumises qui sont là pour être "montrées" et pour "secouer le jambon". Elles ne sont présentes que pour être des faire-valoir de ces messieurs.
A la rigueur, le seul moment où ces femmes sont actives, c'est quand elles défilent et... se donnent voir. C'est juste pathétique.

Des hommes condescendants avec les femmes

Ce qui est encore pire (remarquez, on monte chaque fois d'un cran), c'est l'attitude de ces hommes avec ces femmes. Ils les touchent, les regardent, leur caressent les cheveux avec un air concupiscent... Elles les regardent à la dérobée, jamais vraiment, toujours en biais.

Du mansplaining dans des paroles fallacieuses (quand on arrive encore à les écouter) 

Avec tout ça, on en oublierait presque qu'à la base... Ce clip est fait pour promouvoir une chanson. Et là encore, il y a beaucoup à dire.
Voici la traduction de l'un des paragraphes :
"Ok bon il y était presque, il a essayé de te domestiquer
Mais t'es un animal, chérie c'est dans ta nature
Laisse moi simplement te libérer (Hey, hey, hey)
Pas besoin de papiers (Hey, hey, hey)
Ce mec n'est pas ton maître (Hey, hey, hey)"

Ca aurait pu être sympa... Mais non en fait. Il est question de libérer une femme d'un mec "un peu" autoritaire. Pourquoi pas hein... Mais comme par hasard, elle aurait forcément bien besoin d'un autre mec qui va lui expliquer comment on fait... Evidemment, elle ne peut pas le faire seule, c'est évident... quelle pauvre femme enfin !
Et puis, bon, se faire traiter d'animal... C'est pas parce qu'on le décore avec des "Hey, hey, hey" que c'est plus acceptable.

"Tu es la meuf la plus chaude ici
Je me sens si chanceux (Hey, hey, hey)
Tu veux m'enlacer (Hey, hey, hey)
Qu'est-ce qui rime avec "m'enlacer"...? (Hey, hey, hey)"

 Alors à noter que la traduction de meuf ici, c'est "bitch", qu'on pourrait en réalité traduire par "chienne", "baiseuse", non en fait, carrément "salope", ce qui est bien plus vulgaire mais aussi péjoratif.

Et pour finir :
"Et c'est pour ça que je vais avoir une fille sage
Je sais que tu le veux (fois 3)
T'es une fille sage"
 Donc, depuis le début de la chanson, ce brave monsieur cherche une "coquine" (si si, c'est précisé) et là, il nous parle d'une "fille sage". Ca, c'est la schizophrénie propre au patriarcat : d'un côté à vouloir la prostituée avec qui on peu avoir toutes sortes de relations sexuelles débridées, et la femme sage, la mère (ou la future mère) qui se soit d'être une bonne fille.
Le truc pas déjà complètement con.


Bref, ce clip et cette chanson sont des bouses sans nom, au service de la société de consommation et au service du patriarcat. La société de consommation, c'est tellement bon pour un système patriarcal : ça permet de placer les femmes dans un état d'objet qu'il est toujours possible d'acquérir, de manipuler... et de rejeter si besoin.

Ce clip est une représentation à lui tout seul de la manière dont la société actuelle envisage les femmes : soumises, prêtes à tout pour être vendues et offertes sexuellement, passives... On se croirait un peu dans les rêves de François Ozon, non ?



5 commentaires:

  1. François Ozon , c'est le mec qui a fait un film intitulé "jeune et jolie" ... Je l'ai pas vu et de toutes façons je vais jamais au cinéma mais j'en ai entendu parler et j'ai lu quelques éloges flateurs ..... Il y a pleins de mecs qui veulent croire qu'on peut se prosti-tuer par choix et parcequ'on et nympho à donf et que c'est le meilleur moyen de rentabiliser ça ......
    Ouaih ! t'as qu'à croire ! ..... Merde ! quand tu vois la cheutron d'un mec comme DSK ou Depardieu c'est rien à côté des mecs qui veulent te tirer quand tu fais le tapin .... Au secours ! ..... Et l'odeur des hommes ! Et l'odeur du foutre ! ...... Y a des mecs pour vouloir croire qu'une prosti-tuée peut aimer ça ! ..... OH ! OUI !!! Prends moi comme une chienne ! J'aime ça !!! AAAAH !!! Oui !.... c'est du cinéma carrément gore ......

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    1. Justement, le rapprochement entre Robin Thicke et François Ozon m'a paru important dans la mesure où ils participent tous deux à l'idée que les femmes ont deux facettes : celle de nympho complètement accro au fric et puis celle de femme sage qui reste en retrait (le très célèbre mythe de la mère VS la putain quoi).

      Bref, on reste dans les clichés insupportables, et ce qui est encore plus affreux avec Blurred Lines, c'est que ça se fait sous couvert de libération de Lafâââââme... Evidemment...

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  2. Je suis un homme et je suis tout à fait d'accord avec ton article Morphea!

    le clip se résume assez bien à , comme tu l'a dit :"beurk !"
    La société actuelle dénature la femme, elle désire changer son statut d'être humain en celui d'objet.
    Elle ne s’intéresse plus à la femme en tant qu'esprit, en tant qu'intelligence, en tant qu'être digne de respect mais préfère oublier ses véritables "charmes" pour lui substituer un rôle très primaire, le rôle de "moyen d'assouvir ses désirs sexuels et ses fantasmes les plus vils".
    James

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    1. En effet, il y a actuellement un souci avec la manière dont on se représente les femmes dont l'intellect devient tout à coup très accessoire au regard du physique...

      En effet, comme tu l'as remarqué toi-même, le clip "Blurred Lines" a tout à voir avec cette représentation qui animalise les femmes, mais n'est pas non plus très flatteur pour les hommes (faut avouer que traiter ses paires comme du bétail, on a déjà vu plus reluisant...).

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  3. Bon, je sais que l'article date, mais je trouve le podcast de Natoo sur le sujet assez drôle :x

    http://www.youtube.com/watch?v=gu4O50zJRvc

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