dimanche 18 août 2013

La documentation française : Femmes, hommes, penser l'égalité

Cet été, j'ai pris sur moi, et je me suis attelée à un sujet difficile : l'égalité non pas de droit, mais de fait, entre les femmes et les hommes dans tous les aspects de leur vie, comme le défend normalement la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme.
Il me fallait un ouvrage récent, pour me faire une petite idée... mais j'ai fini par trouver !



Une petite perle de la documentation française, dirigée par Sandrine Dauphin et Réjane Sénac, intitulée : "Femmes, hommes : penser l'égalité", qui a bénéficié de la participation de Marie Duru-Bellat, Elisabeth Elgàn, Maxime Forest, Maryse Jaspard,  Annie Junter, Françoise Milewski, Janine Mossuz-Lavau, Hélène Périvier, Florence Rochefort, Sylvie Schweitzer, Rachel Silvera, Mariette Sineau et ma bien aimée Catherine Vidal.


C'est un ouvrage très récent (sorti tout début 2013) qui se propose d'analyser un peu les contradictions qui existent entre le droit à l'égalité, l'égalité formelle et l'égalité factuelle pour les femmes, en France.

Ces différents articles abordent énormément de facettes des revendications féministes aujourd'hui :
  • Violences contre les femmes
  • Travail des femmes (précarité, temps partiel, retraites)
  • Politiques familiales (aides, modes de garde, congés parentaux...)
  • Les femmes dans la politique
  • Les femmes dans le monde syndical
  • Intersectionnalité
  • Le rôle de l'école dans la socialisation et la naissance de certaines inégalités

Bref, y a rien que des chapitres intéressants qui poussent à réfléchir, et qui donnent aussi de jolis détails que je vous livre en vrac...
  • En moyenne, toute profession et diplôme confondu, l'écart des salaires entre femmes et hommes est d'environ 25%. A poste et à diplôme équivalent, cet écart se réduit à environ 14% (ce qui est déjà important, mine de rien...). Cette différence s'explique notamment parce que les postes à temps partiels sont occupés majoritairement par des femmes, mais aussi parce que les emplois précaires sont également occupés en majorité par des femmes.
  • J'en profite également pour me corriger : les hormones (que ce soit la testostérone, la progestérone, les oestrogènes) n'ont prouvé dans aucune étude sérieuse avec une grande cohorte leur rôle dans le comportement des individus.

Dans chacun des articles présentés dans l'ouvrage, on aboutit toujours à des conclusions similaires : dans tous les domaines précédemment cités, beaucoup de choses ont été faites (et nombreuses sont celles qui méritent d'être saluées !), il y a eu des réformes, des lois sur la parité, des lois contre les violences envers les femmes...

Mais les inégalités persistent dans tous les domaines : les femmes sont très (trop) souvent mises sur le banc de touche, que ce soit en matière d'emploi, de politique, de choix de carrière...

Ce que je remarque, c'est que dans beaucoup d'articles de cet ouvrage, il y a un dénominateur commun pour expliquer pourquoi ces inégalités perdurent.
Ce dénominateur commun, je vais l'appeler "l'idée de la maternité".
Que ce soit pour expliquer pourquoi les femmes se retrouvent plus souvent embauchées à temps partiel, pourquoi elles font certains choix de carrière alors qu'elles ne sont même pas sorties du lycée, pourquoi ces carrières s'arrêtent subitement, pourquoi cet écart de salaire avec les hommes, pourquoi on leur fait moins confiance dans le cadre syndical ou politique...

C'est parce qu'on les renvoie systématiquement à la maternité, donc à l'idée qu'une femme va être / est mère.

En effet, les employeurs, les institutions, et même les auteurs de politiques familiales, se basent sur l'idée qu'une femme doit avoir du temps (quitte à avoir des conditions de travail pourries et pas d'engagement d'aucune sorte, notez bien) pour son foyer et ses enfants.
De plus, toutes ces personnes et institutions vont estimer qu'une femme n'est donc pas légitime hors du foyer, donc quel que soit l'engagement qu'elle voudrait prendre (en plus ou à la place, là n'est absolument pas la question) que ce soit politique, syndical, ou autre.

Une femme est donc renvoyé à sa nature (oui, c'est vrai, il est naturel pour une femme d'avoir la possibilité de porter les enfants dans son ventre, oui hein, aucune féministe ne l'a jamais nié) et les hommes seraient "mécaniquement" renvoyés vers la sphère de la culture, et donc de l'exercice du pouvoir.

Donc là, je débaroule, et je me dis : "Mais... mais... pourquoi ?"

Et là, la plupart des conclusions des articles me répondent (oui, ils me parlent :x) "parce que toutes ces personnes sont ancrées dans de nombreux préjugés".

Et c'est là où vous avez très envie de vous donner des coups de marteau en travers de la caboche. Parce que finalement, toutes ces inégalités ne reposent finalement que sur un ramassis de préjugés sans fondement aucun.

Par exemple, j'avais vu sur un blog qu'il était possible que chaque parent prenne un temps partiel pour s'occuper de l'enfant pendant le congé parental... dingue que ce ne soit pas plus connu ! Je connais plein de parents qui en rêv(ai)ent et ne sav(ai)ent même pas que ça existe ! Mais non, ce n'est pas fait parce qu'on nage encore et toujours en plein délire en affectant délibérément les femmes à un rôle de "maternage" (notons la racine du mot...) alors que cette activité peut être dévolue aux deux parents (on fait rarement un enfant tout seul...).

Non, les femmes ne sont pas meilleures pour s'occuper des enfants. Cet enfant, il est livré sans mode d'emploi (comme chez tout le monde d'ailleurs), et on en chie. Tous. Qu'on soit un homme ou qu'on soit une femme.

Il serait grand temps de cesser de renvoyer les femmes à la maternité puisqu'elles n'en prennent en charge qu'une partie "naturellement" et que le reste peut être assumé par les deux parents. Un peu comme les tâches ménagères peuvent être effectuées par les deux parents... et pas seulement par les femmes.

Parce que c'est ça le cercle vicieux : c'est présupposer d'avance (avant même que quoi que ce soit ne soit décidé !) que ce sont les femmes qui vont prendre en charge enfant et foyer. Alors que ce n'est pas forcément dans l'envie de tout le monde.

Comme le disait Claude Lelouch "le monde du partage devra remplacer le partage du monde". Ce serait bien qu'on arrêter de diviser le monde entre féminin et masculin et qu'on apprenne à partager, non ?



5 commentaires:

  1. Je pense que malheureusement ce qui ce passe aujourd'hui il y a peu de personne qui ce battent pour défendre une cause (qu'elle que soit cette cause d'ailleurs). Nous sommes tous chacun dans notre coin à râler ou à défendre nos idées. Il faudrait osez dire les choses et ce réunir. Plus nous sommes nombreux plus nos voix sont entendues.

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    1. En effet, il est important de se réunir et de travailler à plusieurs ensemble. C'est pour cette raison que je milite au sein d'une association, et de différents collectifs.

      Je n'en parle pas ici parce que les éléments exposés ne sont pas forcément le reflet exact des revendications des associations parmi lesquelles je milite.

      Il est cependant crucial de se réunir et de réfléchir à plusieurs sur ce qui est souhaitable et sur les moyens d'y parvenir.

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    2. Bonjour,
      Je suis en couple et on vient d'avoir un môme il y a qques mois. De nous deux je suis (l'homme donc) celui qui a le plus d'expérience de la petite enfance, car, parmi nos amis, seuls les miens en ont déjà (j'en parraine d'ailleurs).

      En moins de six mois, j'ai déjà eu une remarque de ma copine, comme quoi, si je voulais tant m'occuper de mon enfant, c'était parce que j'avais envie de prouver au monde que je suis un père parfait... (et que donc je devais lui foutre la paix quand elle allait lui changer ses couches/lui filer à bouffer etc.)

      Vous attribuez ça à quoi?

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    3. la tradition, les clichés, le sentiment de "culpabilité" ressenti quand on est pas dans le moule que la société nous vend...

      Bref, ce ne sont pas les raisons qui manquent...

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    4. Bonjour,

      Il y a des choses que je peux me proposer d'expliquer, d'autres pas. Il est clair que le conditionnement autour des rôles des hommes et des femmes prend une certaine importance dans nos vies, et nos manières d'interagir.

      Le système dans lequel nous vivons est patriarcal (je dirai même qu'il est vieillissant :x), ce qui implique que chacun, qu'il soit un homme ou une femme, participe à ce système même si il ne lui profite pas forcément !

      Si je peux vous confirmer que chacun participe, et même quand on est féministe, on participe malgré soi dans certaines situations à ce système parce que les bons vieux réflexes font leur apparition !

      Pour ce qui est de votre situation, je ne peux pas vous apporter une révélation extraordinaire puisque je ne suis pas à votre place, ni à celle de votre compagne, et n'en connais pas tous les enjeux. Je me base sur des éléments établis en sciences humaines, et qui traversent donc les populations dans leur ensemble.

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