mardi 10 septembre 2013

"Lui", le magazine qui nous ramène 50 ans en arrière (et même plus)

Si l'été a eu sa dose de réjouissances, comme par exemple cet amusant spot de publicité de Décathlon, la rentrée a annoncé des choses en demi-teinte, notamment au niveau de la presse papier. Notons d'abord que le nouveau magazine "féministe" Bridget, pensant innover à la manière de Causette, s'est pris les pieds dans le tapis. Mais si il n'y avait que cela, le monde serait beau et simple...

Mais non... d'autres innovent avec... avec on ne sait pas trop quoi qui a un vieux relent des années 50.
Ce nouveau magazine est sorti il y a seulement quelques jours et sa campagne publicitaire a envahi tous les marchands de journaux du métro parisien notamment : autant dire qu'on ne peut pas louper la couverture ô combien... euh... Innovante... de ce magazine.

Attention, ça pique les noeils.

Voici le nouveau venu en kiosque : LUI





Une innovation sans commune mesure de mettre une femme nue sur la couverture, franchement... Bon, cela dit, la photo à elle toute seule ne me fait pas sauter au plafond, pour être franche. C'est surtout l'association entre cette photo et le titre du magazine : "Lui".
Voilà, comme ça, c'est dit, c'est fait, on le sait, ce corps est réservé AUX HOMMES. Et il est là POUR EUX. Au moins, on ne pourra pas dire que c'est une tactique de planqués hein...
D'ailleurs, ce n'est pas moi qui l'invente, il suffit de lire ce qu'on en dit ailleurs sur le web, ici ou .

Bon, alors, c'est quoi qui est gênant dans ce nouveau magazine ?

Bah, sérieusement... TOUT.

Déjà, mettre en avant le cliché éculé du corps féminin destiné aux hommes, c'était déjà fortiche (et pendant ce temps, le Parlement Européen discute de l'éviction des stéréotypes de genre dans les médias... sans rire hein). Mais ce que je trouve encore plus hardcore, c'est la description de ses concepteurs, parmi lesquels figure Frédéric Beigbeider :
«Le retour de Lui, c’est le plaisir d’un dernier tour de piste, c’est un baroud d’honneur en souvenir de ce dinosaure nommé le Mec, celui qui draguait lourdement (…). Certains l’appelaient "macho", d’autres disent "néo-beauf" mais le surnom qui lui va le mieux est "connard d’hétérosexuel".»
Dans le contexte actuel, après la mise en évidence du harcèlement de rue par des gens comme Sofie Peeters et de nombreuses internautes, je trouve ça assez fort de café, pour ne pas dire que ça ressemble presque à de la provocation.
A l'heure où on encourage chacun à s'interroger sur la manière dont il considère l'autre sexe (parfois pas comme un être humain, justement), c'est quand même osé. C'est même un peu passé de mode le "séducteur" invétéré...
Et puis, admirons la nouvelle provocation que peut constituer une telle sortie après le merdier autour du mariage pour tous... Admirons comme les hétérosexuels sont méprisés dans notre société peuplée de lobby pour la cause des homosexuels... (et mes fesses, c'est du canard laqué...).

La cerise sur le gâteau, ce sont les propos de la rédactrice en chef, Yseult Williams :
«C’est un magazine qui s’adresse clairement à l’hétérosexuel de base. [...] nous on est un magazine pour les hommes qui aiment les femmes. Même si je suis sûre que beaucoup de femmes vont l’acheter pour se renseigner sur l’ennemie. On aura 70% de lecteurs et 30% de lectrices».
Et on en revient toujours à... un autre cliché : celui de la femme vénal, jalouse, qui n'a d'autre but dans la vie que s'opposer aux autres femmes dans la dure lutte pour gagner (et garder s'il vous plaît) un mari. 

La présence Marcela Iacub comme chroniqueuse ne rend pas plus alléchante la publication de ce magazine... Imaginez quand même qu'elle dénonce « un discours trop homogène autour de la question des hommes et des femmes ». Sans rire. Enfin, moi je me marre déjà.

Autant dire qu'on va pas voler haut avec ce genre de publication... Je pense qu'on y trouvera facilement des "jolies" pub comme celle-là.



Ce n'est pas vraiment avec ce genre de textes et autres photos qu'on va faire baisser le niveau de sexisme dans la société... Le concept de la femme-object a encore de beaux jours devant lui.

Honnêtement, ça me rappelle un fait récent sur la blogosphère... La guerre de Diké contre le "Comment bien baiser ?" de Kamal, qui incite bien fort à... être un homme dominant qui se passe de toute forme de réflexion et de scrupules à l'égard de personnes déjà opprimées...

Je ne crois pas à la théorie du complot, mais, parfois... tout est lié. Et même carrément interdépendant.

Si j'ai un bon conseil à donner à la presse actuelle, ce serait celui-ci : arrêtez de publier des merdes. Et économisez du papier. Si si, le monde ne s'en portera que mieux.

4 commentaires:

  1. Et économisez aussi de la place sur les serveurs du monde entier. Ca fera du bien à tout le monde.

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  2. Tu as parfaitement résumé ce que représente la sortie de ce torchon. Le seul avantage, c'est qu'à ce prix tout à fait concurrentiel, compte tenu du nombre de pages et de la qualité du papier (pas du contenu, hein, du papier) ce truc constitue un succédané acceptable au papier-cul (le papier glacé ça fait des chatouillis, ce sera la seule chose agréable que suscitera cette merde)

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    1. Même pas ! Le papier glacé, c'est froid, du coup, en hiver, c'est tout pourri ;)

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