vendredi 13 septembre 2013

Un sujet épineux et ambivalent : les pin-ups

Bien avant mon engagement dans le féminisme, je m'interrogeais déjà sur ces femmes court-vêtues, avec de longues jambes, maquillées et montées sur talons aiguilles.
Je me demandais ce qui leur valait tant de regards et d'admiration, je me demandais ce qu'elles ressentaient drapées dans ce genre de vêtements, d'attitudes...

Aujourd'hui, ces figures m'intéressent encore, à la lumière d'une autre question : est-ce que la pin-up peut être féministe ?

La pin-up classique : celle de Tex Avery !




  

Commençons déjà par définir de quoi nous parlons...


La pin-up : wouatizite ?

Les premières figures de pin-up (qui ne s'appelaient pas ainsi) sont nées au début du XXème siècle, à travers l'essor du burlesque et de la photographie. Ces éléments ont permis à ce qu'on appelait les Bathing Beauties de prendre racine, c'est-à-dire des jeunes femmes photographiées en maillot de bain, et pas toujours au bord de l'eau (preuve qu'on n'a pas inventé ça hier...).
Ces figures ont été importées au cinéma, dès les films muets, où elles sont devenues progressivement un symbole particulier, celui de la pin-up.
Ces pin-ups, forcément "belles" (c'est-à-dire correspondant à de nombreux critères de beauté en vigueur), ont pu être définies par trois caractéristiques essentielles, notamment répertoriées dans un livre de Laurent Jullier et Mélanie Boissonneau "Les Pin-up au cinéma" (aux éditions Armand Colin) :
  • Elles doivent faire preuve d'une volonté d'inadvertance, donc sortir par jour de grand vent en se moquant éperdument de certains détails concernant leur tenue, comme le fait que le vent en question puisse soulever leur jupe.
  • Elles doivent travailler sur leur look (vêtements, cheveux, maquillage...) et leur gestuelle pour devenir une espèce d'idéal, quelque chose d'imaginaire, de fictionnel.
  • Elles doivent se mettre en scène et jouer un genre de mascarade contrôlée et assumée, dans un genre de rôle qui nécessite la bonne gestuelle et le bon costume.
Arrêtons nous sur ces différents points pour y réfléchir...

D'abord, la volonté d'inadvertance...
Je suis un peu gênée par ces termes... Qu'une femme n'ait pas besoin de faire attention à sa tenue ne devrait pas paraître tellement étrange, si ?
Et bien, il faut croire que si... Et cette volonté d'inadvertance rappelle également l'idée qu'une femme se plante (en particulier sur ses fringues) avec une visée particulière destinée aux hommes qui l'entourent... ce qui n'est pas forcément le cas...
Cette notion me paraît ambivalente, et toujours à visée des hommes...

De même, les autres points concernent l'atteinte d'un idéal à travers des attributs (vêtements, physique...) et une gestuelle particulière... Il s'agit donc de construire un personnage, donc construire un rôle... Et il faut bien avouer que finalement, c'est ce qu'on demande aux femmes dans notre société de façon quotidienne. Ce n'est pas réservé à la pin-up finalement.
Être à la fois belle, naturelle, épanouie, bonne mère, carriériste (mais pas trop...), attirante (mais pas trop...), soigneuse (mais pas trop...), drôle... etc. Oui, tout cela, c'est aussi un rôle particulier que nous renvoie la télévision de façon générale (films, publicité) et que je rapproche volontiers de ce rôle que la pin-up devrait jouer... On demande finalement aux femmes de représenter un mystère. Mais pour qui ? Devinez...

En clair, il y a de quoi être au minimum "surpris" quand on décortique cette définition de la pin-up.

Pourtant, des années 30 aux années 60, la pin-up a représenté certaines revendications féministes. En effet, dans les films où elles jouaient, elles abordaient la sexualité comme nulles autres avant elles, avec des vêtements et même des façons de se coiffer et même de parler beaucoup plus libres que ce qui était permis pour les femmes à l'époque... Finalement, à cette époque, on peut dire que les pin-ups avaient effectivement quelque chose à voir avec le féminisme dans cette revendication d'une liberté plus importante que celle qui était accordée aux femmes.

Aujourd'hui, qu'en est-il ?


Aujourd'hui, certains, comme les auteurs du livre dont je parlais tout à l'heure (Laurent Jullier et Mélanie Boissonneau dans "Les Pin-up au cinéma"), essaient de mettre parallèle ce qu'ils appellent les féministes "traditionnelles" (qui refusent les codes du patriarcat, comme le corset, les talons aiguilles, etc.) et les féministes "postmodernes" qui s’approprieraient ces codes à leur profit.

Au final, on tombe dans un vieux débat éculé pour mettre dos à dos plusieurs façons de penser le féminisme.
Oserai-je rappeler que ce que le féminisme revendique en priorité est une liberté et une possibilité de choix aussi étendue pour les femmes que pour les hommes ?

A titre personnel, aujourd'hui, dans le contexte médiatique actuel, les pin-ups me renvoient à l'image des femmes traditionnellement véhiculée à la télévision, dans les films, dans la littérature... Bref, tout ce qu'on s'attache à démonter point par point sur ce blog, sur d'autres blogs également, comme celui-ci et à bien d'autres endroits...
A l'heure actuelle, une pin-up moderne n'a, à mon sens, plus grand rapport avec une revendication féministe. Les pin-ups modernes ne se définissent justement que par rapport aux hommes, et jamais par rapport à elles-mêmes.
Résultat : nous sommes encore et toujours bloqués dans le système partiarcal qui veut qu'une femme ne puisse pas simplement se définir dans un milieu, mais uniquement par rapport au masculin...
Il me paraît alors d'autant plus fallacieux de vouloir renvoyer certains types de féministes à d'autres féministes en invoquant des objectifs contraires. Pouvoir se définir en tant qu'être humain est finalement le nouveau cheval de bataille des femmes (et donc des féministes) qui ont acquis quelques droits.

Dur dur de faire comprendre à certains que nous ne sommes ni des biens, ni des jouets, mais des êtres humains...

2 commentaires:

  1. "Pin-up", abrégé de "Pin-up girl", qu'on pourrait littéralement traduire par : "fille épinglée sur le mur".

    Dans le genre objectivation, difficile de faire mieux...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Hé oui, je n'avais pas indiqué la traduction du mot... Tout aussi croustillante que le reste !

      Supprimer