samedi 5 octobre 2013

Prostitution : les arguments les plus utilisés

Pour poursuivre un précédent billet sur le thème de la prostitution, j'aimerai revenir sur les arguments fréquemment retrouvés dans l'argumentaire des personnes qui s'opposent à la pénalisation des clients de la prostitution et à la considération du statut de victime des personnes prostituées. En effet, sur un sujet si complexe, rien ne vaut des études de population mais... non, la plupart des gens préfèrent se fier à ce qu'ils appellent le "bon sens".

Hors, ce bon sens, il fait parfois du mal, en particulier aux personnes qui sont directement confrontées à la difficulté considérée.
Je vous propose donc de décortiquer le top 5 des arguments utilisés par les opposants au projet de loi en gestation visant à punir les clients de la prostitution. Et ce sont des arguments de merde qui se démontent sans presque lever le petit doigt.



Si si, je vous jure.


Argument fallacieux number wouane : "La prostitution est le plus vieux métier du monde. C'est comme ça, et c'est tout."


J'adore cet argument parce qu'il est fallacieux au possible... Oui, sous prétexte qu'une chose dure depuis déjà un certain temps, non, il ne faudrait pas le changer... On me la fait à longueur de journée celle-ci et il n'y a rien qui m'exaspère tant que de voir mon interlocuteur me dire sérieusement cette phrase...
On a pensé pendant des centaines d'année en Europe que les gens qui avaient la peau d'une autre couleur que le blanc laiteux avaient un cerveau moins développé que le nôtre. Maintenant qu'on sait que c'est faux (m'enfin vu les gens censés être instruits qui en doutent des fois, y a de quoi être inquiet...), il n'y a plus personne dans le politiquement correct qui oserait affirmer le contraire... 
D'autres parts, il fut un temps (quand on était encore chasseur-cueilleur) où on s'entretuait pas mal déjà. Cette belle tradition n'a pas disparu, mais est-elle souhaitable pour autant ? Personne n'oserait dire le contraire.
Alors pourquoi, mais oui hein, pourquoi la prostitution échapperait-elle à cette logique ?


Argument pourrave number toutouyoutou : "Eliminer la prostitution va faire augmenter le nombre de viols."


En voilà un mythe répandu !
Alors déjà, pour "affirmer" ce genre de choses, faudrait-il encore l'avoir testé ! Le seul pays à l'avoir fait, c'est la Suède... et, les chiffres que l'on a permettent actuellement de se dire que non non, ça n'augmente pas vraiment le nombre de viol...
C'est donc une idée reçue si il n'y a rien pour l'étayer ! Alors d'où vient cette prétendue preuve de l'utilité de la prostitution ?
De nulle part. Des prétendus besoins sexuels irrépressibles des homme... J'ai déjà parlé du fait qu'il s'agissait surtout d'une idée reçue, ça aussi oui !, qui n'a jamais été validé par une quelconque étude scientifique...
C'est le maintien d'une idée de dominance, de force, que les hommes auraient la soit disant nécessité d'imposer aux femmes. Mais ce n'est qu'une idée... Ni plus, ni moins. Ca ne résiste pas à la validation scientifique, ça, ô que non !
Donc dire que ça augmente le nombre de viol, c'est juste raconter n'importe quoi. Techniquement, on en sait rien. Secundo : vu comme ça a augmenté le "niveau de féminisme" de la société suédoise (rejet de la prostitution, lutte contre la violence faite aux femmes, parité au niveau politique, etc.), on peut carrément penser le contraire.

Argument naze sorti de derrière les fagots number truie : "La prostitution est un choix"


C'est au moins aussi fallacieux que de dire que dans notre société on a le choix de travailler ou non. En fait, non, vous remarquerez que la première question qu'on pose à un gamin quand il atteint ces 5/6 ans environ, c'est : "et tu veux faire quoi plus tard ?". On ne pose jamais la question de savoir si il veut travailler ou non... C'est admis : il VA travailler. Bah oui, comme nous tous, vous allez me dire.
Mais les prostituées ne voient souvent que ce choix là, pour des raisons qui leur sont propres, mais ne voient que cette issue : parfois, c'est comme en Espagne... parce qu'il n'y a pas d'autre travail disponible, ou bien à leur niveau de qualification. Parfois, c'est pour avoir une certaine manière de vivre ou un train de vie particulier (travailler la nuit pour s'occuper de son enfant ou d'un parent malade le jour, par exemple).
Dans la plupart des cas, il n'y a pas vraiment le choix. Et la difficulté est extrême parce qu'une fois qu'on a mis le doigt dedans, on a vraiment du mal à l'en retirer : que va penser un employeur d'un trou de 6 mois, un an, trois ans, sept ans sur son CV ?
La prostitution ne répond pas vraiment à un choix fait en toute liberté, non. D'ailleurs, il faut bien penser que beaucoup de nos choix ne sont pas fait en toute liberté de conscience et d'action. La prostitution n'échappe pas à la règle.


Argument de quand on n'a pas d'argumentaire number four à bois : "Les abolitionnistes ne sont que des pudibondes qui savent très bien que si on punit les clients, les prostituées seront repoussées dans des lieux de moins en moins sécurisés."


 Non, non, non, et non. L'abolitionnisme, c'est une manière de concevoir la prostitution, de la même manière que la prohibition, ou encore le règlementarisme. L'abolitionnisme n'est ni l'un, ni l'autre d'ailleurs.
Dans la prohibition, on punit tous les acteurs de la prostitution (personnes prostituées, clients et proxénètes).
Dans le règlementarisme, il s'agit de légaliser et règlementer les rapports entre tous les acteurs de la prostitution (personnes prostituées, clients et proxénètes).
Dans l'abolitionnisme, il s'agit de ne punir que deux acteurs de la prostitution : les clients et les proxénètes. Les prostituées n'y sont donc pas marginalisées, bien au contraire.

Les abolitionnismes savent donc très bien que les prostituées ne sont pas des coupables et prennent en compte l'idée qu'une fois les clients punit, l'activité prostitutionnelle doit reculer. 
Si cette activité recule, il faudra évidemment trouver des solutions pour aider les personnes prostituées à sortir de ce système... et les abolitionnistes le savent et proposent des solutions ! Mais c'est amusant, parce que les médias traditionnels ne relaient pas ce type d'informations... 


Argument du fin du fin c'est planta fin : "On ne peut pas empêcher les gens de faire ce qu'ils veulent avec leur corps : il s'agit d'un simple service."


Et bien, figurez-vous que si, on peut interdire aux gens de faire ce qu'ils veulent de leur corps. Oui, la loi vous interdit, pour votre intégrité physique, de vendre vos organes par exemple. Laisser la loi du marché avoir cour dans ce domaine est interdit car contraire à la dignité humaine et peut constituer facilement un vecteur de soumission et d'inégalité.
Il ne s'agit donc pas d'un simple service : il s'agit de laisser quelqu'un utiliser notre corps pour en faire, de façon directe, ce qu'il en a envie... Ce n'est pas tout à fait la même chose que travailler à la chaîne, ou même enregistrer des articles en caisse.
Avoir des relations sexuelles non désirées porte même un nom particulier dans la loi : il s'agit du viol. On ne peut pas vraiment parler de sexualité dans le cas de la prostitution puisque le désir n'existe que chez un seul des deux partenaires. Ce n'est pas parce que l'un des deux consent (et le mot "consentir" n'est pas là pour rien) que ça devient subitement de la sexualité avec désir et tout le toutim. A noter que "consentir", ça veut dire "accepter", ça ne veut pas dire "prendre plaisir à faire quelque chose". Autant noter immédiatement que la plupart des témoignages des personnes prostituées faites sous anonymat montrent bien que la plupart n'apprécient absolument pas ces relations tarifées...
Muriel Saloma a d'ailleurs bien expliqué dans son livre noir des violences sexuelles exercées à l'encontre des femmes que la plupart des prostituées souffrent de stress post-traumatique, un peu comme si elle revenait de la guerre... Ca laisse songeur quand on sait quel confort les médias leur prête...


Entre la théorie et la pratique, il y a un monde.


 Et c'est un monde où les arguments traditionnels de défense de la prostitution  ne tiennent pas du tout.
Déjà parce que la grande majorité des personnes prostituées ( on estime la proportion à 70%) sont exploitées par des proxénètes, mais aussi parce que la prostitution n'est pas le métier glamour que nous représentent volontiers les médias...Et c'est sûr que ce ne sont pas avec des clichés comme en énoncent des gens comme François Ozon qu'on va avancer dans l'idée qu'une femme n'est pas tenue de vendre son corps.
La prostitution, c'est aussi considérer que les personnes prostituées sont la lie de la société : on leur donne des vertus de reconstruction de la sexualité de personnes handicapées, alors qu'on considère dans notre société les personnes handicapées avec pitié, et non pas avec solidarité et respect. La plupart des gens n'ont aucune considération pour ces personnes : on dit qu'elles font avec les hommes ce que leurs femmes leur refusent. Peut être que leur femme refusent certaines pratiques tout simplement parce que ce sont pas des pratiques agréables au sein de leur sexualité... Il n'y a pas de respect pour la sexualité des personnes prostituées.
Tout simplement parce qu'il n'y a pas de respect pour les personnes prostituées. Les considérer comme victime, c'est reconnaître que leur activité ne leur fait aucun bien en dehors du côté pécunier, c'est reconnaître également qu'elle est néfaste pour leur santé (viols, violences, MST... et parfois même meurtres...) avec des risques différents, et bien pires, que dans la plupart des entreprises (enfin, peut être pas de France Telecom et de ses suicides, mais bon, personne n'a dit que c'était recommandable pour la santé mentale non plus).

La prostitution, de part sa répartition, est une domination masculine : 99% des clients sont des hommes, et plus de 96% des personnes prostituées sont des femmes. Elle est aussi un échec de la solidarité citoyenne que prônait notre société après la Seconde Guerre Mondiale, cette société qui a fondé la Sécurité Sociale et son principe d'équité : ceux qui paient pour ceux qui ne peuvent pas en considérant qu'ils puissent tomber dans la seconde catégorie à tout instant.
Personne ne vient vraiment à la prostitution par un choix large et éclairé : si la société avait la possibilité d'offrir autre chose à ces personnes, elles ne choisiraient pas ce biais là pour s'en sortir. C'est aussi cette réalité là qu'il faut regarder en face.

Osez le féminisme appelle aujourd'hui à la mobilisation pour la pénalisation des clients et pour la reconnaissance de l'idée qu'on utilise pas le corps d'une femme comme on le souhaite. Quand cette idée sera admise, on pourra probablement aller vers plus de respect.

Comme le disait je crois Amanda Tapping, interprète de Samantha Carter dans la série Stargate SG1 : "Nous voulons le respect non pas parce que nous sommes des femmes, mais parce que nous sommes des êtres humains."
C'est bien ce que nous sommes, au delà des préjugés qui nous entourent. Mais apparemment, c'est difficile à reconnaître pour certaines personnes...

1 commentaire:

  1. Je crois qu'on a fait le tour des plus classiques...

    Cela dit, il en est une imparable (et répandue) : le déni. Et ça, j'ai bien peur qu'aucun argumentaire quel qu'il soit ne puisse y apporter une réponse..

    RépondreSupprimer